Catherine Dufour (romancière, nouvelliste, informaticienne…) est le fer de lance de la science-fiction en France. Bon d’accord, avec Marjagnan et Damasio avec qui elle a fondé le collectif Zanzibar.
Voici ce que le collectif Zanzibar écrivait, en février 2020, dans le Monde Diplomatique : « Zone de rêve collectif. Nos avenirs nous appartiennent. Encore faut-il les imaginer et les rendre contagieux. Un collectif d’auteurs de science-fiction, ou plutôt de « science-friction », choisit de créer des outils de libération des imaginaires, et de les propager ».
Et voici « le Minifeste » :
Malgré les outils de prospectives et les cabinets de futurologie des grandes entreprises, malgré l’omniprésence du discours voulant que demain soit pareil à aujourd’hui, à hier, ou ne soit tout simplement pas, nous restons convaincus que nos avenirs – communs et individuels – nous appartiennent, et que nous avons le pouvoir de les imaginer, de jouer avec, de les expérimenter et les construire à notre guise. Nous sommes un collectif d’auteurs de science-fiction. Nous rêvons nos textes comme des endroits où se rencontrer, où penser et commencer à désincarcérer le futur.
Vous voilà avertis !
« L’Arithmétique terrible de la misère » est une suite de 15 nouvelles, d’un côté cauchemardesque et d’un autre clair voyant notre avenir. C’est bien de la SF. Et notre avenir rêvé par les multinationales n’est pas rose. La force de Catherine Dufour est de nous inviter à réfléchir à l’orientation que l’on voudra bien donner à nos vies. Et si au cours d’une (de deux) de ses nouvelles, les femmes ont pris le pouvoir sur les différentes formes de vie plus ou moins humaine, l’auteure n’oublie pas de signaler « Ils finiront bien par nous rattraper. Ils finiront bien par devenir aussi cons que nous ». Quelle lucidité sur notre présent.
Les thématiques abordées, tout au long de ces nouvelles sont le reflet de notre quotidien : l’écologie, le monde du travail, les violences féminines, l’intelligence artificielle. La narration est également protéiforme et emballe le lecteur dans un style nerveux et précis qui ne laisse que le loisir de découvrir la chute … toujours étonnante.
Ce livre est agrémenté dans sa dernière partie de deux nouvelles qui ne sont pas de la SF, une sur la vie de Musset côté cul et l’autre commence sur la misogynie/misandrie et se poursuit au gré du vent des humeurs assassine d’une femme « très spéciale », permettant à Catherine Dufour de montrer l’étendue de son talent dans des forme bien différentes.
Elle confirme sa place majeure dans la SF française et ce livre est un excellent exemple de ce que la SF produit de meilleur.
NB : elle sorti en 2020 un roman policier qui se laisse lire de manière réjouissante : « Au bal des absents »
Par Dominique Mourlane,
libraire au Relais de Poche à Verniolle
L’Arithmétique terrible de la misère
Catherine Dufour
Le Bélial’
ISBN : 9782843449680
Prix : 19.90 €